Vanessa

Publié le par les mille univers


A supposer que ce matin, entre 10h55 et 11h15, un groupe d'oulipiens en herbe ne soit pas venu tenter d'épuiser la place Gordaine, on peut se demander si ladite place aurait vécu les mêmes événements - si la serveuse aurait relevé la mèche de ses cheveux, si l'homme aurait achevé la lecture de son journal, si la femme se serait gratté la fesse - et si, perturbant le réel, les oulipiens n'ont pas provoqué malgré eux de nouveaux événements, aussi inconscients que futiles - une ou deux commandes de café, un sourire timide, un bonjour improbable, un réajustement de jupe - qui n'auraient pas du avoir lieu, mais qui, sous le regard scrutateur leur permettant d'exister, prennent néanmoins corps et font sens dans la composition d'un portrait de la place, au même titre que l'architecture historique, que le bruit continu de la fontaine, que la présence immuable de la boite aux lettres; les événements d'un instant devenant aussi importants, voire aussi essentiels, que les publicités changeantes des devantures et que les tintements inconstants des petites cuillères dans les tasses de café.
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Publié dans «À supposer»

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