Catherine Laposte
A supposer qu’il n’ait pas été chaudement recommandé d’être à l’heure, je n’aurais pas décidé que ce matin, je prendrais tous les risques, foin de la limitation de vitesse, il y a longtemps que je n’avais pas appuyé ainsi sur le champignon, tout y est passé, je me souviens, Fangio, la décélération dans les virages, les risques calculés (c’est cela , la vie, une prise de risques calculés), risques calculés quand les panneaux annonçaient de gros animaux, le choix de la route de campagne plus probablement sans radar, droite et permettant les pointes, mais sans perdre de vue que l’on est en juillet, période de moisson et que l’on peut tomber sur un tracteur au sortir d’un virage , je me souviens, j’ai 15 ans, à l’époque, on pouvait rouler à tombeau ouvert sans anicroche ni accident si l'on était un bon conducteur, je suis à l’arrière d’une Porsche, descente, virage et crac, un tracteur : le conducteur a pilé magistralement, mais, pour moi, avait anticipé, connaissant bien la route, donc on peut aller vite mais il faut redoubler de vigilance et savoir que l’on va vite, pourquoi l’on va vite, si le jeu en vaut la chandelle, d’autant que la musique de Santana participe de la magie de ce voyage, savoir qu’il y a urgence et qu’après tout, il est temps de savoir ce que je veux et que pour une fois, je peux perdre trois points pour être à peu près à l’heure à ce rendez-vous avec l’écriture où je vais le cœur en fête sur cette route de campagne pleine de souvenirs, il me faudrait un magnétophone branché sur la pensée, cela va trop vite, c’est sûr, je vais arriver et que restera-t-il de cette myriade de sensations, d’images, d’associations d’idées qui déroulent le film de ma vie, celui que je ne tournerai jamais parce que mes grands films restent toujours à naître, toile trop serrée, pelote inextricable , et voilà, je quitte la route de campagne pour la nationale, là ! gare ! se calmer pour arriver, finalement, presque à l’heure…
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