Sarah
Enfant, perplexe devant cette blague qui raconte que le jardinier se met tout nu devant ses tomates pour les faire rougir, je me grattais le crâne. C’est plus tard en observant un hibou sortir de son œuf que je compris la blague. J’ignorais jusqu’alors que la nudité devait faire rougir… Affolée, prenant conscience que je ne pourrai dorénavant plus courir nue dans le jardin de mon grand-père pour jouer aux Indiens, j’ouvris de grands yeux et brisai mes lunettes. Mon grand-père, mauvais pêcheur, m’expliqua – après avoir recompté trois fois les brêles qui gigotaient encore dans son panier de pêche : « vois-tu, la nudité dévoile la graisse… la cacher permet de mieux révéler le cœur ». Rassurée par cette explication paradoxalement poétique, je muris d’un coup (comme les tomates de ma blague) et n’eus, par conséquent, plus jamais peur des loups. Mature, j’endurais aussi plus sereinement les grincements de contrebasse de mon petit frère débutant. Assagie, je participais même à la vaisselle. Mon grand-père, l’air nostalgique me dit alors : « ne grandis pas trop vite petite fille. Tu peux envisager la vie comme un escalier : monte les marches doucement pour ne pas t’essouffler ! »