lecture de l'atelier de Ian Monk

Publié le par collectif avec Ian Monk

Le maître a expliqué et encore expliqué à nos esprits ensommeillés, ça y est c’est enregistré.
Le maître s’est arrêté devant la rue traversière d’Auron, attention on repart, dos rond.
Le mètre étalon n’existe plus, c’est ce que j’ai entendu.
Le mètre 78 se tient presque droit.
Mettre un pied devant l’autre, c’est toujours faire quelque chose.
Le métro nous oblige à faire des poèmes, même en son absence.
Le maître se gratte l’oreille, j’espère qu’il en chie comme nous pour écrire.
Certains maîtres veulent qu’on veille au mètre, notre maître n’est pas aussi sourcilleux.
La seule mesure de notre mètre est notre maître.
Nous arpentons la rue, se soumettre aux consignes, omettre les ratures,
Au fait, combien de mètres parcourus en suivant le maître avant de mettre le point final au poème ?

J’ignorais tant de passages de cette ville cachottière et secrète
J’aime cette ville ouverte et presque offerte
Ne pas avoir le droit de penser à l’arrêt c’est un peu fort
Mais n’est-ce pas le fait de penser qui rend l’homme malheureux ?
Perdue dans mes rêveries, je regarde le ciel.
J’aime rester comme ça, la tête vide au soleil.
Rêver à plusieurs, que de pistes...
Où on peut se perdre parmi les magasins de sacs à mains et de fringues.
S’oublier dans l’instant, devenir pavé, pigeon, ombre du lampadaire
Ou bien cette hirondelle qui survole la ville !
Ou même la ville, entière et libre, cadeau enfin aux mots sauvages, mémoire d’une émotion urbaine.




Je vois sur le premier banc un homme jeune, un peu sale avec un gros blouson matelassé et des écouteurs dans les oreilles.
Je vois sur le deuxième banc un homme mal rasé, habillé tout en noir observer comme moi la vie de la place Gordaine.
Je vois sur le troisième banc deux jeunes filles brunes autour desquelles tourne un homme avec un caméscope, le tout sous le regard protecteur de la mère de famille.

Je sais que sur le premier banc le jeune homme malgré l’heure matinale a déjà commencé à boire, il peine à garder les yeux ouverts pour se rouler une cigarette.
Je sais que sur le deuxième banc l’homme en noir s’ennuie. Il regarde avec envie les groupes et les familles qui parlent fort et rigolent alors que lui, il est tout seul avec son paquet de cigarettes.
Je sais que sur le troisième banc, les jeunes filles sont mal à l’aise face au regard scrutateur du père à travers l’objectif du caméscope mais elles n’osent pas lui dire d’arrêter, il a l’air tellement heureux.

Je note que sur le premier banc, le jeune homme a sorti une canette de bière qu’il a posée par terre et non sur le banc, pour la prendre avant chaque gorgée il doit se baisser et donne l’impression qu’il va basculer tête la première.
Je note que sur le deuxième banc, l’homme en noir prend tout son temps pour sortir son paquet de cigarettes de sa poche et la cigarette du paquet.

Dominante : galette de pommes de terre
Des mémés passent avec leurs paniers
Elles portent des robes à fleurs vieillotes et discutent
Elles tiennent le marché à leur merci
Entre l’étal du boucher et le petite vitre du volailler
Cheveux blonds, lunettes aux verres fumés pour la vendeuse.
À cette heure encore, pas aperçu le moindre porte monnaies
« Et Mamène, ça va lance une voix
« Oui, elle rouspète, c’est bon signe ! » et de rire

Chez le boucher aussi, d’un fumeur le rire
Monte dans le parfum des galettes aux pommes de terre
Et le bourdonnement ininterrompu des voix.
Consciencieusement, se remplissent les paniers
Tout autant – est-ce à regret ? – se vide le porte-monnaie
Ils ne s’en rendent pas compte, ils discutent
Avec la dame au chien, ou la vendeuse
Qui continue à servir dire au revoir, et merci
La dame au chien s’éloigne du volailler.




Les volets sont fermés.
Fermés sont les volets.
Je vois les volets fermés.
Je peux voir la fermeture des volets.
La fermeture des volets a eu lieu.
Précédemment.
L’ouverture des volets aura lieu
Dans le futur.
L’ouverture des volets n’a pas été effectuée.
Les volets ne sont pas ouverts.
Les volets sont clos.
Quelqu’un a fermé les volets.
Quelqu’un a pris la décision de fermer les volets.
Quelqu’un a décidé que les volets ne resteraient pas ouverts.
La décision de laisser les volets clos a été prise par quelqu’un.
Personne n’a pris la décision d’ouvrir les volets.
Personne n’a endossé la responsabilité d’ouvrir les volets.
Personne n’a décidé de procéder à l’ouverture des volets.
Personne n’a voulu ouvrir les volets.
Aujourd’hui.
Même quand mes yeux se ferment, je perçois les volets rabattus.
Tu allumes la lumière, et,
Par les interstices je sens les raies de lumière.
Je perçois de la luminosité à travers les volets clos.
L’éclairage filtre à travers les volets.
Les persiennes lumineuses me laissent voir des ombres.
Je ressens la lumière qui te chauffe.
La lumière éclaire l’intérieur.
L’intérieur laissé à la vue derrière les volets fermés.
Les volets cachent ce que mon regard pourrait voir.
Je déplore mon non-aveuglement.
Je ne revendique pas ma possibilité de voir.
Je suis déçue par ma faculté à me servir de ma vue.
Je peux regarder facilement.
Mes yeux envoient des images à mon cerveau,
Qui les analyse et produit toutes sortes de micro-trucs
Provoquant des réactions corporelles incontrôlables.
 Je devrais pourtant être aveugle, si on en croit le dicton.
Si on fait confiance aux phrases toutes faites,
Je ne devrais pas jouir de mon sens visuel.
Mes yeux verts ne voient plus la vie en rose.
Le rose de la vie n’est plus perçu par mon regard vert.
Mon regard est voilé...
Mes yeux sont ouverts mais
Ma bouche est fermée.
Fermée est ma bouche.
Tu m’as demandé de ne pas ouvrir ma bouche.




9h29 Je m’ennuie et j’ai froid.
9h30 Il ne se passe rien, on se croirait en hiver.
9h32 Je me fais chier et en plus je gèle.
9h34 Je m’emmerde et puis j’aurais dû prendre une veste
9h35 Rien ne se passe et la température est basse.
9h38 Toujours rien et je grelotte
9h40 On entend les mouches voler ; il fait frais.
9h42 Silence lourd. Il fait décidément doux.
9h44 Y a pas d’action et ça caille.
9h45 Le temps passe au ralenti et les animaux rentrent en hibernation.
9h47 En fait, le temps s’est arrêté et ça ressemble à l’âge de glace.
9h49 Je baille et j’éternue.
9h51 Personne ne bouge, on se croirait dans un frigo.
9h53 Absence de vie humaine, on se croirait au pôle Nord
9h55 Le vide, je vais finir par me congeler
9h58 Silence radio. J’aurais jamais dû écouter la météo.
10h Zéro absolu.


MP : “Je crois que j’entends des voix...”
Ian : “Mais non, ce sont des bruits de chaises”
MP : “Tu sais, je crois que j’ai un problème de vue. Tu arrives à lire la plaque, toi, par exemple ?”
Ian : “.....”



Sandales aérées mocassins poudreux tennis éculées
 Pieds fatigués

Claquements secs frottements doux glissements saccadés
 Sol carrelé

Chemises bariolées jeans variés robes fleuries
 Palette bigarrée


Un matin
À la poste de
Bourges
La file monotone
Soudain
S’est
Animée


Lignes organisées taches colorées Sons multipliés
 Monde structuré
Vingt-trois rue Pauliat
Les colombages sont rouges
Je l’écris en noir.

Vingt-trois rue Porte Jaune
La porte est bleue, les rideaux jaunes
Le ciel aussi est bleu.

Un homme écrit
Escalier Georges Sand
C’est une femme de lettres.




Pas lent Pas pressé pas lourds
 Pas léger

Toux discrète pas traînants gravier sonnant
 Cheveux grisonnants

Homme âgé femme âgée couple vieillissant
 Couple siamois



À pas mesuré
Marchent dans l’allée
Les mains dans le dos.
Même direction
Même position
Deux inséparables
Pour l’éternité



Vie allongée mimétisme assuré chemin partagé
 Concessions exigées




Les mecs qui téléphonent au volant prennent des rues barrées.
Les mecs des pompes funèbres doivent faire gaffe à ne pas faire de fautes d’orthographe sur les tombes.
Les mecs en plein cagnard doivent rêver d’églises fraîches, mais Dieu, rien à battre.
Les mecs dans le creux de la vague disent que ça va remonter.
Les mecs qui nous regardent passer ne matent que les filles, normal.
Les mecs qui ont trop souvent raté l’école regrettent peut-être un peu.
Les mecs qui se garent n’importe comment, ça m’énerve.
Les mecs aussi parfois regardent les oiseaux dans le ciel, ça leur coûte rien.
Les mecs, il y en a que ça saoule vraiment de faire du jardinage.
Les mecs, y a de ces crétins, pas tous, mais quand même.
Les mecs, je sais qu’il y en a un qui s’appelle : Yvan Duquesnet, mais je ne le connais pas.
Les mecs finalement, on peut pas trop dire.



Il y a des “X” aux façades
Mais les COUR n’ont pas de “S” et la rue est traversière avec un point virgule
Mais il y a des “e” à casser pour faire cette omelette
Rue d’Auron le “o” est rond
Lettres gothiques pour Ecrivain public, lettres en morceaux pour les chaussures “Piénikelé”
Toutes voyelles dehors les mots bien arrimés.
“Dernière nouvelle, un groupe arrêté place police municipale”
Première nouvelle : les policiers n’étaient pas en pause ?
Il y a un “”o” dans police mais pas dans écriture, ni dans littérature, c’est drôle non ?
Sachant qu’il y a deux ‘o’ dans bonbon et chocolat quelle conclusion peut-on en tirer ?
Gogo l’ostrogoth ? Momo bonobo ? Osons : Dodo or not dodo ? Bof...



Que sais-tu de Brigadoon ?
Ce que je sais, c’est que je connais pas tout le monde mais je ne connais pas personne.
Ce qui est intéressant, c’est de connaître des gens qu’il est intéressant de connaître
Et ce qui est bien dommage, c’est de ne pas savoir quoi marquer.
Par exemple : Cet homme qui sourit, là, ça se trouve, c’est un vrai con.
Mais non, si on prend le temps de l’apprivoiser, ou se laisser apprivoiser peut-être que le con n’est plus si con.
Il est tout simplement débile et insensiblement optimiste.
Je pense à ce grand homme qu’a dû être SECRETAIN, aujourd’hui homme de la rue.
Habiter rue Moyenne pour monsieur Janaudo rend modeste à jamais.
Modestie des cons, modestie des villes, modestie quand même.
Bon, c’est fini, merci.

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Publié dans Inclassable

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